Le sexe et la morale jusqu'à l'antiquité, quelle histoire !

 



Pan en danse bacchique. D’après un vase. Env 350 avant JC
Crayon - 2022

Je ne suis pas historien mais dessinateur. Je mets ici des dates qui me semblent avoir pesé lourd dans mon rapport à la sexualité aujourd’hui.

L'histoire de la sexualité touche à la grande histoire tout court. Il y a mille façons de retracer ces fils invisibles qui nous relient à nos aïeux , parfois très lointains. On peut se focaliser sur les hauts et les bas de la culpabilité, du patriarcat, de la répression envers les femmes, les hommes, les LGBT, etc. Elle a aussi une grande histoire politique. On pense aujourd’hui à la religion dénoncée comme « opium du peuple », dont nous prétendons en France nous être débarassés. Mais reste la question éternelle de la valeur morale de nos élites. Et là, les scandales sexuels reviennent au galop, cela n’a guère changé.

Je croyais connaître assez bien le sujet mais j’ai eu d’énormes surprises. Cette culture générale me semble faire du bien là où ça fait mal.

- 40 000 Le paléolithique

Les chasseurs cueilleurs , apparus il y a 500 000 ans, taillaient des statuettes assez grossières ; mâles ou femelles ? Cela semble encore difficile à interpréter. Homo sapiens attend l’extinction de Néanderthal, avec qui il a cohabitait plus ou moins depuis 300 000 ans, pour commencer à tailler des statuettes féminines très soignées. Ces « vénus » ovoides affirment des seins et une vulve bien marquée, mais sans véritable visage.

- 20 000 Les agropasteurs du néolithique

Les tribus continuent à se déplacer comme des indiens pour suivre les troupeaux. Ils semblent avoir une conscience aigüe que l’homme est un animal parmi d’autres, et peignent au fond de grottes sombres des personnages hybrides comme des homme-bison ou gazelle. Comment vivaient-ils la sexualité, les rapports homme-femme ? Chacun peut imaginer, faute de traces. Rares sont les dessins qui représentent des sexes , surtout féminins. Françoise Héritier a décrit le désarroi historique des humains qui cherchaient à percer le mystère de la procréation, vital pour eux. Ils vivaient au contact très étroit des troupeaux et des premiers animaux domestiques, et elle retrace comment ils ont probablement commencé à se méprendre sur la contribution respective des mâles et des femelles. Une méprise qui n’a été levée par notre science occidentale que depuis quelques siècles.

- 4000 Les premières cités Etat

A la fin du néolithique, entre -4000 et -3000 apparaissent les premières cités Etat entre Mésopotamie et Egypte. Elles sont administrées par une élite militaire et religieuse. C’est la naissance de l’alliance entre le sabre et le goupillon de d’une caste de prêtres « surhommes », intermédiaires entre le dieu et les humains. C’est aussi la naissance de toute un système de morale vis-à-vis de la dette individuelle, la dette de clan, la loi, la codification des rapports entre genres et plus tard, l’argent. La dette a , de très loin, précédé l’apparition de la monnaie « liquide ».

David Graeber dresse une fresque d’une clarté étonnante sur ces sujets (voir ma page « et encore »). A l’appui d’analyses historiques traitant du néolithique, des premières civilisations, de l’antiquité, et bien sûr de toute notre histoire mieux documentée, il retrace le lien assez universel entre l’endettement pour survivre, la « mise à disposition » des enfants pour s’aquitter de cette dette. Il montre comment, de tout temps et partout, ce surendettement au profit des élites –militaires, religieuses, puis marchandes- n’a cessé de déraper. Les mêmes causes causant les mêmes effets, il retrace ainsi les origines de nombreux maux tout au long de nos histoires, en Afrique bien sûr mais tout autant en occident, au moyen orient, en Orient et au final partout , hélas !.
Le surendettement devient quasi mécaniquement la porte d’entrée vers l’esclavage, vers la « valeur d’échange » des fils comme travailleurs ou soldats, des femmes comme travailleuses et reproductrices - dont la prostitution n’est qu’un volet-, vers des formes de patriarcat et de machisme qu’il attribue parfois aussi à des tentatives desespérées de protection des filles, très vulnérables dans de tels systèmes ; cet argument reste très présent dans le monde méditerranéen.
L’alliance du sabre et du goupillon, sous des formes diverses, a toujours contribué à verrouiller les esprits en identifiant « dette » et « culpabilité », « endetté » et « coupable, condamnable ». Le terme est d’ailleurs aujourd’hui encore le même dans le monde germanique et ce moralisme de la dette est dominant dans tout l’occident, et plus encore dans le monde protestant et « anglo saxon ». Ce processus d’une efficacité redoutable semble avoir de tout temps permis de culpabiliser et condamner des individus rebelles ou atypiques, justifier des castes par une supposée « valeur morale », culpabiliser les femmes comme « impures », les miséreux comme « immoraux ». A mes modestes yeux de non spécialiste je trouve que concernant notre rapport à la sexualité cette contribution est aussi puissante, aussi éclairante, que celle de Françoise Héritier.

Les Grecs et les Romains : le sexe s’expose

Les Grecs, puis les Romains, ne semblent pas très pudiques sur la question. La sexualité pour eux c’est la fertilité, la vitalité la fécondité. Et le plaisir, au même titre que les banquets et la musique. Le phallus s’affiche gaiement comme un symbole de porte-bonheur, et il le restera jusqu'au 4e siècle après Jésus-Christ. On en fait même des amulettes au cou des enfants, des décorations dans les maisons. Pour ma part, j’en commis l’erreur d’en crayonner un sur un coin de cahier en classe de 5e, ça m’a valu un avertissement. C’est ballot, j’aurais pu être félicité pour ma culture latine. Mais ces images pourtant communes à l’époque ne figuraient pas dans mes manuels de latin.


Hermès dyonisien avec sa couronne. D’après une terre cuite de Myrina en Turquie. Vers 120 avant JC
Crayon, mine de plomb, 2023

 

Chez les Grecs, les hommes notables ont ouvertement des relations avec de jeunes hommes ; la question d'être homosexuel ou pas ne se pose pas.

La masturbation , du moins la masculine, fait partie du paysage.

Satyre se masturbant. D’après un vase à figure noire, env 530 avant JC
Crayon - 2022

Attention cependant à ne pas faire de cette époque un paradis de liberté sexuelle. Les rapports sexuels, comme les rapports sociaux, s’affichent librement dans le respect d’une hiérarchie afirmée entre adultes et jeunes éphèbes, entre maîtres et esclaves, etre hommes et femmes.

L'abstinence, en outre, est déjà considérée comme une qualité, bien davantage que dans les philosophies orientales. La question est largement débattue dans le banquet de Platon.


Phallus à forme humaine. D’après un pendentif romain en bronze. Porte-bonheur, peut-être humoristique ?
Crayon, mine de plomb - 2023

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